Danse endiablée

Je m’y suis rendue avec la plus merveilleuse des cithares, celle qui raconte en voix cassée, qui crie, enrouée, qui éclaire, parfait

pour mon p’tit air !

Sur le macadam, hâlé par le soleil à l’Est, leur amour est couché à l’Ouest, écrit dans le marbre, posté en graffiti depuis trente ans. Là, sous mes pieds ! Je hausse les épaules. L’époque des « rave » party ! Pff, qu’est que je fais là figée, je vais tout arracher, foi de Titi !

J’avais tout apporté, même l’horizon des enfants, pour le souvenir.  La crème des désirs, resservie deux fois, l’aube au jus de citron, pour l’exaltation. Rien de tel que les recettes de nos vingt ans, sous l’printemps ! Ça cingle du piquant et puis, c’est bon, tout simplement.

Je suis arrivée un peu en avance je crois, ma cithare sous le bras. Ils n’étaient pas là, hum…. Le dôme me toise, toit échauffé par la canicule. Je les attends. Pas patiemment.  Tape du pied. C’est la cadence qui vient me chercher, le ventre qui sent la frénésie, tout en poésie cette après-midi ! Au kiosque sous les platanes.

Me suis installée sur un tabouret. Trois pieds, clopin-clopant, comme eux qui arrivent là maintenant, clope au bec, je me fais discrète, je tempête mes cordes, ça rythme saccadé, je les envie vont guincher. Mon ami piano arrive, je n’ose pas lui dire, pas sûr qu’ils sachent suivre ces deux-là !

Deux pas de Tango et les voilà réunis comme au bon vieux temps. Elle boogie, déhanche l’ivresse, il « gainsbarre » un peu, « style » beaucoup. Il dandy, elle « danse-dille ». Un short, une robe portefeuille, ont « d’la » gueule tout de même !

Ils savent danser les diables ! Le pianiste s’y met, rock endiablé. Il conduit bien, elle le suit bon train.  Bon sang, ils ont l’air de se connaître. Oui normal. C’est le fluide glacial des peines de cœur, quand vient le dégel, c’est du bonheur à rattraper. Ça se voit !

Elle se rapproche la demoiselle, semble apprécier la ritournelle. Lui aussi, il répond, instantanément. Si j’avais su, j’aurais aussi apporté mon amant, je me sens seule, fermement.

Je joue de plus belle, regarde leurs figures, elles sont nouvelles. Bon, ben ils inventent encore, les vieux d’hier, les jeunes d’aujourd’hui, ont des choses à se raconter !

Y’a de l’orage dans l’air, la ptit’e est enjouée, veut encore danser. Monsieur vient de se fouler le pied, tordu. Pas de chance, mon coquin, on ne laisse pas tomber une Dame en si bon chemin. T’avais pas bien serré le frein !

Bon ben je m’en vais alors, parce que la soirée sans ces beautés, c’est le soleil qui ne brille plus que pour mes bras et franchement, n’en valent pas la peine, rougissent même avec la crème!

Tout de même j’aurai pensé qu’ils danseraient plus longtemps ! Moi et ma cithare on s’en va. Et si on vous demande ce que j’ai fait ce soir, vous direz que j’ai fait se renverser heureux et tomber bien bas, des jeunes beaux comme des Dieux !

Prévenez-moi s’ils reviennent ! J’apporte ma cithare et mon amant cette fois-ci !

Bien qu’il faudrait que le Monsieur ouvre les yeux la prochaine fois, il ne faut pas se louper deux fois !

Ca sent l’roussi.

Au revoir, M’sieurs, Dames !