Roméo et Juliette

Il l’appelle dans la nuit.

La peur serre le cœur si fort, le vide s’échappe pour en réchapper. Roméo agonise, gît dans les regrets. Pas de répit dans les adieux, de pardon sans courage. Seul le destin atteste de la force. Pourtant la vigne a déjà recouvert son corps. Les raisins collent à ses muscles, comme le rance de la vie sur un pot rouillé. Le vin l’enivre encore dans le soupir. Souvenirs au bord d’un précipice, à deux se promettant le ciel, va-t-il se réveiller ?

Dieu quant à lui a préféré une couche de hêtre, sauvée des pentes glaciales et enneigées, que le vent a forci des rumeurs des louves couveuses et un peu de lumière quelque part, pour lui faire à elle, un astre pour sa lune. Il faudrait que quelqu’un lui dise que Juliette est bien vivante !

Son futur est tendu comme l’encolure d’un cheval qui s’est pris le pied dans son licol, se rebelle, se cabre et de rage s’affole. L’atteindre Roméo, ton impossible quête. Elle traine son envie de te tordre le cou comme un caillou au milieu d’un champ de soldats. Trop petit pour être vu, pas assez puissant pour armer son combat.

Que quelqu’un lui dise qu’elle l’aime. Bon sang, mais ne voit-il pas qu’il faut baisser la garde, se raser la tête et une fois pour toute, tout recommencer !

Ce petit  bout de rien, ce petit signe de tout, qui envahit chaque litre de poison de sa noyade à elle, c’est leur combat contre le temps. Chacun a son être à parier ! Faire un acte héroïque. Retourner le sens du vent. Traverser les terres arides où l’on enlève des enfants pour leur voler leur passé et négocier leur futur, regarder dans leurs souffrances et leur concéder la danse. Danse Roméo, danse, tu sais danser !

Juliette ne sait plus, perd la tête, se cogne le front sur les bêtes qui l’empêchent de passer. Elle esquive ses joues égratignées, court à perdre haleine, il fait tellement nuit. Il est là, il n’est pas loin, il l’appelle tous les jours maintenant.