Demain

Demain, nous nous enlacerons, conjurerons

le sort,

une destinée d’adolescents, s’être quittés en plein essor,

affirmation, rdv à treize heure, habille-toi,

comme tu veux.

Déshabillons-nous, comme des Dieux.

Une absence, trois décennies,

sans préavis, sans prévenir non plus,

elle est partie, il ne l’a pas retenue.

Aujourd’hui, elle se souvient, prête.

Hier, il a souffert, trop.

Il y a des histoires d’amour,

levées comme des étendards, des drapeaux de pirates,

parties naviguer, en berne, contre courant et fatalité,

écopant des ratés, que l’on nomment,

expériences,

des rencontres et des ambitions, qui nous font,

parents,

qui un jour reviennent au port,

toutes sirènes hurlantes.

Leur chant,

les a détournées, de leur chemin.

Retrouver,

la terre ferme,

l’oiseau de feu et le sacre du printemps.

Entre temps ils sont devenus forts,

conséquents, sages et doués,

mais qu’en est-il de leur destinée,

leur désir?

Des crochets, ils en ont fait,

les jeunes, les adultes, les bagarreurs,

accrochés, ligotés,

par la souffrance cathartique, aux flux tendus, du manque,

d’une opiniâtreté annoncée,

de l’être, de la tête, de la résilience parfois,

qui se mue,

en speed, drogues, alcool, colère, mélancolie,

voix multiples qui se font entendre, vie entre parenthèse.

Des condors, des aigles,

qui planent,

au dessus de leur propre nid,

plus ou moins,

de leur propre volonté.

Reste les os du garde manger,

les photos prisent par leurs yeux précis.

De la haut, une vue champêtre, des raccourcis,

des chemins de traverses, des sentiers, des étoiles,

des poussières d’or et de sang,

des amours déchus,

des genoux à terre, salvateurs.

Un patchwork de paris,

audacieux, sans hasard,

les yeux hagards ou enfantins, au fil du destin.

Mais plus que cela, l’avènement des anges, des diables éternels!

Demain nous serons lumière et la rivière qui coule,

amants et douceurs.

Nous tremblerons,

nous pleurerons, nous sentirons, les joues fines.

Rien n’existera plus que nos érosions naturelles,

belles à en crever.

J’expulserai, il sera indécent, nous serons vivants.

Avant la fin de la journée, il nous faudra

nous éparpiller.

Silence on tourne.

Au coin de la rue,

un prisonnier dessiné sur un mur.

« La vie est belle »,

couché d’une plume poétique,

sur un autre, à l’angle de la librairie.

Dans le square, un arbre qui cache la forêt,

sur les bancs en bois,

deux amoureux étourdis,

tout est langage, tout est folie.

Et déjà la musique aura changé.

Plus profonde, forte, patiente, intense,

ils en avaient besoin, pour savoir.

Cela a pris un peu de temps,

avant que je ne me réveille,

surtout,

avant que je ne commence à embrasser,

cette partie du coeur,

qu’il faut entourer, en premier, toujours,

qui dit oui, qui dit non.

Nos destinées, enlacées comme des rosiers,

désormais.

Qui s’en approche s’y pique ou s’en effluve.

D’un oui ou d’un non, tout peut changer.

Quelques jours plus tard,

quand malheureusement une chère amie se meurt,

une belle au bois fabuleux, une onde de frisson,

une précieuse tout sauf ridicule,

une hôtesse des temps modernes,

impossible, de dissocier le bonheur du malheur.

Jamais. Tout est vie, tout est marais.

Alors qu’en fait-ont?

On fait, avec.

Car là, juste là, pousse la rose,

la buée câline, le pétale tranquille,

la feuille fragile, les épines dociles et rebelles,

et l’amour, pour tout affronter, ensemble.

Et ce nous, en chemin.

Prêt à exploser, à rendre ce qu’il doit.