Entourons le monde

Entourons le monde,

comme si la petite laine sur nos épaules

tombait à côté de notre amie frigorifiée;

comme si l’ouverture des fenêtres

claquait dans un courant d’air,

emprisonnant les doigts habiles du petit garçon;

comme si taper ses chaussures contre le mur

pour enlever les cailloux le faisait s’effondrer;

comme si l’hirondelle perdait sa course,

infiltrait nos oreilles et s’enfuyait par le nez;

comme si l’aiguille de grand-mère

rentrait dans sa chair à tricoter;

comme si les étoiles soupoudraient dans nos yeux,

de l’acide pour permanente;

comme si nous ne pouvions plus

marcher toi et moi, main dans la main,

sans qu’elles ne nous facturent leurs ébats;

comme si de l’argent et de l’amour,

il ne restait que des billets éparpillés sur les routes abandonnées,

livrés à leur papier décoté;

comme si l’enfant de septembre

était conçu en août et naissait au purgatoire;

comme si l’on devait ralentir le bruit pour entendre

les fusées s’enfoncer dans le néant,

quand les ingénieurs et les investisseurs mettront les voiles

dans leur courgette phallique,

après avoir marché sur le dernier vers vivant;

comme si ta prose s’évanouissait sans avoir été prononcée,

même entre les dents d’un mourant

qui annone ses dernière prières;

comme si l’ennui envahissait les ours sur la banquise

et qu’ils se mettaient à taper la belote et se taper les belettes;

comme si je n’avais plus jamais l’amour de te voir;

comme si je ne pouvais plus jamais

voir le rire de mes enfants masqué;

comme si demain multipliait les excès à la folie,

sans en être mort de rire;

comme s’il suffisait de nos bras démantelés,

pour nous enlacer;

comme si nous pouvions tous nous offrir une coupe à boire,

sans avoir à rendre la monnaie de notre foi(e),

comme si nous pouvions monter un groupe de musique

sans que personne ne vienne labéliser sa liberté;

comme si nous savions déjà que nous sommes allés trop loin

et qu’il faut s’en souvenir maintenant, pas demain;

comme si je te prenais dans mes bras

jusqu’à ce que « nous » s’en suive;

comme si rien, absolument rien n’importait plus

que la marche turque en Turquie;

comme si de rien nous pouvions faire

une toile de fond violente à nos pages blanches et vierges;

comme si tu venais m’embrasser et que mes lèvres

ne pouvaient se détendre;

comme si de nous deux,

c’était toi le plus à plaindre;

comme si les jeux d’eau en Scandinavie

provoquaient des Tsunamis de sang en Orient;

comme si de nous tous,

« Tout » était le plus élégant

et « Tous » nous portions des gants;

comme si vos vies en dépendaient,

comme si je pouvais écrire sans respirer,

mourir sans tous vous tuer,

avant, jusqu’au dernier.

Comme si je n’avais plus rien à dire,

plus rien, du tout, jamais.

« Le Monde entouré, en purgatoire, avril 2021. »