Sésame ouvre-toi

Croire que l’essence tombe en dégoulinant de charbon,

sans atteindre le totem fleuve des chefs indiens,

que le rossignol se coupe la main en chantant ses chansons,

sans recoudre l’esprit limé des mélodies des putains.

Croire que si l’on retourne le bateau il offrira ses voiles aux requins,

sans démâter leur aileron au trou de nuit des dauphins,

que l’envers du décor dégage tellement de sympathie,

que l’on s’y endort sans y mêler les bavures des guerres et de l’ennui.

Croire que l’hirsute mendiant offre sa canne à la poubelle de sa vie,

sans penser à sa douce qui lui donna la porte pour seule ressource,

que ce n’est pas suffisant de croiser à tout va son regard dans le vide,

sans que ne sortent les yeux des maisons aux portes de leur source.

Croire que tant que le temps va-t- en guerre, jamais ne se perd derechef,

sauf à y séjourner si souvent que l’on dût prendre rendez-vous pour l’en sortir,

que vivant et en un seul morceau tient de la même greffe,

sans enlever au ciel son pouvoir de persuasion quant à notre avenir.

Croire que le rhinocéros vole sur la licorne de sa graisse en parachute,

sans donner une chance à la lourdeur d’ouvrir sa magnifique légèreté,

que le cinéaste se fend la poire devant le miracle schizophrène de sa chute,

sans anticiper sérieusement les flots de doutes qui assaillent son passé.

Croire qu’à tout prendre je prendrais l’envie et l’envieux en mon sein,

sans me révolter de ce qu’il chatouille mon aréole pendant que je le soigne,

que si la buse feint de ne pas me voir en traversant devant moi à dessein,

sans doute elle honnirait son attitude si elle connaissait le vol de ma poigne.

Croire que je puisse donner plus de liberté dans un espace plus petit,

sans engager la beauté fragile de celui qui s’y déplace.

Croire que je puisse décider de la vie qui me conduit

sans y perdre l’enchantement des feux qui la brûlent.

Croire que je ne puisse déposer les armes au lit de mes pieds,

sans y faire entrer la désespérance inéluctable.

Croire que j’étale les raisins de ma colère au grand jour

sans laisser au vin une terre éplorée et en jachère.

Sésame crois et moi je sais, maintenant.