Fin d’après-midi

Quand je terminai de tailler les buissons,

de couper comme on coupe des cheveux,

feuille après feuille, mèche après mèche,

d’arrondir, de dessiner le bas,

de leur donner de jolies formes,

sur un cantique de Fauré et

une pièce pour clavier de François Couperin,

avec ce soleil de cette fin de mois de mai

encore timide mais là plus que jamais,

annonçant des jours meilleurs,

très vite chauds et doux,

je me disais alors qu’il serait plus honnête

d’annoncer aux enfants,

le sort peu enviable qui les attend,

ballotés entre devoirs, reconnaissance, amour, mort,

besoin de plaire et nécessités diverses,

celle de vivre entre autre.

Parce qu’on oublie de le leur dire ils se le trimbalent

tout le long du chemin.

On reste probablement en arrêt sur la bonté

de leurs yeux,

sur leur innocence quand ils nous regardent,

dès le début,

et une fois qu’ils savent parler

et qu’ils sont en âge de comprendre,

on a oublié de leur dire,

que la vie commence par peut-être,

et ne se termine pas vraiment.

Ce serait tellement plus simple,

de leur laisser une chance,

de construire habilement.

Maintenant je vais prendre l’apéritif,

chez un vieil ami,

car aujourd’hui est jour de fête.

Je le sens.