Bas les masques

L’image s’invite,

je m’y love,

Isabelle et elle ne font plus qu’une.

Elle coule et se repent dans mon corps,

immédiatement, je choisis la beauté et la laideur,

la douceur et la violence,

je veux bien observer l’esthétisme,

le prendre.

La colère vient de culminer,

merveilleuse confidence sur l’oreiller,

je suis heureuse désormais.

La beauté travaille le cœur,

l’esthétisme donne une chance de plus

au monde.

Mon esthéticienne est géniale:

douce, précise, discrète, posée, inventive,

intuitive, à l’écoute,

pleine de ressources, aimante,

étonnante,

bavarde, pas toujours.

Ma laideur est géniale:

tout ce qu’il y a de plus honteux, gênant,

généreux,

bon, humain, beau,

pas tout le temps.

Ma beauté est éphémère, marginale,

éblouissante,

infernale,

je l’aime.

L’esthétisme, il faut le laisser à ceux

qui embellissent les corps.

Pour les esprits, il y a la beauté de la terre

vers le ciel,

de l’eau vers le cœur,

du feu vers l’ailleurs.

La chaleur d’un oriflamme,

une tendance à la célébrité,

une force timide,

un baroud d’honneur,

ou plutôt une herbe pliée par le vent.

Tout le reste n’est que citrons dans un panier de Goélands,

du guano acidifié.

Ce que je veux quand l’image est là?

Endormir mes sens jusqu’à l’abandon,

jusqu’à ce que mon esprit sorte et anime mes doigts,

jusqu’à ce que je devienne un de ses outils du monde,

une passerelle vers autre chose,

une fourmi qui travaille.

Inspiration, interprétation, intuition,

sens, travail, amour,

convocation, conviction, fond, forme,

vérité, nourriture,

échanges,

lumière, faire, défaire et enfin

improviser.

L’improvisation est à la porte du temps ce que

les pleurs et les rires sont à Dieu,

de l’écume de viscères,

et j’aurais dû lui faire confiance il y a bien longtemps.

Je l’ai fait d’une certaine manière,

je l’ai recluse dans une abbaye devant la lumière des vitraux

pendant de longues années,

elle s’est imprégnée de la clarté de sa foi.

Il faut croire pour improviser,

en quelque chose de plus haut, de divin, de Saint d’esprit.

Même si l’on n’est plus croyant.

On croit par transmission, par échelonnement,

par transpiration,

chaque fois que l’on veut donner

un sens à nos cheveux.

Ecrire, jouer, peindre, chanter,

ce qui consume nos os,

jusqu’à l’épuisement,

et accueillir avec douceur,

ce qui vient après.

J’ai choisi la vérité, depuis longtemps.

Je ne sais pas pourquoi, j’aurai pu choisir le bonheur, la joie,

l’amour.

J’ai choisi la vérité.

L’amour vient de fait,

tout naturellement.

Peut-être ce rapport à la terre,

là où je suis née, le centre de la France, le centre de son ventre,

un abstrait franc et massif, un pilier de poussière.

Une, des, hier, maintenant, demain, ici, ailleurs, l’enfance, l’adolescence,

l’adulte, l’âge, la civilisation, l’histoire, ce qui se touche, ne se touche pas,

se voit, ne se voit pas, se sent, ne se sent pas, ce qui existe, n’existe pas encore,

le centre de l’instant, dans le moment, dans le temps, dans l’espace,

la vérité,

le point de contamination.

Pensée spéciale pour mon ami Jean-Michel Gaudron qui sort son deuxième recueil de nouvelles à la fin du mois  » Tomber les masques ». J’avais adoré son premier livre!