Coucher du soleil

Hier mon ex-beau-père m’a appelée,

ce préfixe « ex » , je ne sais quoi en faire,

puisqu’il me semble qu’une fois qu’il a été mon beau-père,

il le reste pour la vie,

« un état antérieur qui a cessé d’être »,

et alors comment exprime t-on que -comme l’a dit si justement mon fils-,

une séparation n’ait pas de fin?

Un ex-nihilo beau-père

ancien, repart à zéro et continu,

la langue française ne semble pas très balancée malgré sa richesse,

quand il s’agit d’inspiration dans la séparation,

et pour cause, c’est d’une monotonie ténue,

d’une complexité ostentatoire,

d’un rendement minimum,

monétairement immonde,

pas la peine d’y sacrifier plus de monde.

« Ici tu es toujours chez toi, quand nous amènes-tu les petits? »

Ils ont reçu l’autre, ne font pas de différence, ne se mêlent pas.

« Mes petits-enfants me manquent ».

Merci C., moi aussi j’ai envie de vous voir. On descendra vous voir.

Je vous amènerai les enfants. J’en ai envie.

Mon fils, l’aîné, était à côté, occupé, il a tout entendu,

j’avais mis le haut-parleur.

Il s’est levé souriant, les yeux lumineux, il a dit « que c’est gentil ».

Il était heureux, il a eu envie d’aller voir son papy.

Au soleil couchant, il y a de merveilleux moments à vivre,

des restes de Sabbat,

on y trouve de la nourriture, des bougies, des restes d’incantations,

un chapeau de sorcière laissé sur une chaise,

des verres renversés sur la table

et des fleurs éparpillées sur la nappe blanche.

Au petit jour, les sorcières et sorciers sont partis,

laissant derrière eux des traces de la fête et

les dents de leurs éclats de rire.

Et juste avant la fin des ébats,

le début d’autre chose,

de partir pour un autre lieu de sabbat,

le grand-père est venu au bout de la table et du haut de son âge,

de son expérience et son vivant,

a dit d’une voix douce et infinie: « souvenez-vous des belles choses ».

Je l’ai entendu. Son petit-fils l’a entendu. Il le racontera à son frère.

Le ciel l’a envoyé au bon moment, dans le bon pré,

avant que tout ne soit fondu,

que les derniers gens se liquéfient,

c’est la dernière partie.

Il a empli de sa voix l’Orient et l’Occident,

il a ramené les coquelicots dans les champs,

il a interprété l’Agnus Dei,

il a engendré son fils.

Merci infiniment C.,

le soleil peut se coucher maintenant.