Les gouttes

Pieds nus je descends les marches,

la chaleur matinale emplit déjà les pierres,

le spectacle introduit les fleurs ombragées,

les arbres sont couverts d’apparitions épiques,

de plumes d’atmosphère,

un lézard coulisse dans un rosier,

disparait élégamment derrière,

habile et rapide,

impossible de l’attraper,

il va se cacher,

il aime le calme et la fraîcheur,

il aime comme au Parc Güell,

les mosaïques et les géants.

Il n’est plus visible,

je détourne le regard.

Peut-être vit-il tout près après tout,

peut-être vit-il ici,

dans cette maison,

peut-être descend-il chaque jour les marches de ce perron ?

Soudain je retrouve ce mot qui m’ échappait depuis des semaines,

complices.

J’ aime déjà ce lézard,

il s’est faufilé dans mon village,

il arrive pour la fête,

il me fait un clin d’œil,

oui,

c’est le plus beau lézard de la terre sèche,

je l’inviterai ce soir,

à l’apéritif,

choisir ensemble les couleurs de mes cocktails.

Depuis Rome je ne l’avais pas revu,

je suis partie un peu à la campagne,

me reposer, rêver, penser.

J’ai couvert ma peau, me suis protégée du soleil,

le bord de mer trop bronzé file des rides,

la tranquillité se faufile sous mon chapeau,

y pose des yeux doux,

doux comme le soleil du petit matin,

doux comme mon prénom

doux comme le sien,

ils me font du bien.

Je suis venue dans ma valise,

plus rien ne pèse,

j’écrirai les plus belles pages entourée d’enfants,

enivrée par l’altitude des ballons,

émerveillée par l’apesanteur des drums,

les ruisseaux couleront sans discontinuer.

Dans les racines de ce lieu,

je donnerai tant pour boire ce vin.

Un livre à la main allongée sous l’olivier,

la chaise longue me tend un citron blanc,

je le prends entre mes doigts chauds.

Au petit matin l’air est frais,

les odeurs remplissent son teint,

d’une lumière éclatante et d’un regard plein.

Rome c’était bien,

j’ai adoré,

je peux encore sentir sa peau,

voir ses yeux,

il s’est installé dans mes draps,

dans les gouttes de sueur,

qui coulent sans discontinuer.