Solstice d’été

Ce matin dans l’hémisphère Nord

a commencé la plus longue journée de l’année,

c’était le début de l’été astronomique,

j’aime beaucoup l’amplitude de ce mot,

les étoiles sont de sortie,

c’est le moment de les suivre

et de clore la saison.

Sur le reflet de la fenêtre de ma cuisine, plane un rapace,

il semble aux aguets,

je le vois souvent, je lève la tête,

il n’habite pas loin, il est sur son territoire,

nous n’avons d’amour que le lieu que nous choisissons,

il n’y a que les chevaux et les chiens qui ne décident rien,

lui et moi partageons le même ciel,

je le vois, il ne me voit pas,

sa faim l’occupe et je mange le soleil.

Les orages l’avaient annoncé,

la pluie a battu ses torchons tant et plus,

ce n’est pas de sitôt que tout cela recommencera,

il y a eu tellement d’eau que la végétation a explosé,

secouant les derniers retardataires dans leur bourgeon,

vidant les greniers de leur printemps,

la margelle respire,

le puits puise de l’eau fermentée,

au bon lait d’Orient,

tout est apaisé.

Ce fut une période étrange et dorée,

il y régna un silence de grange,

où les souris passaient par les chatières pour chiens,

hypnotisées par des enfilades de rayons de poussières,

elles ne voyaient pas les livres anciens éparpillés,

et couraient à pas feutrés sur leur taule ondulée,

à l’abri de la lumière et des courants d’air,

des bottes parfaitement nettoyées ont traversé le corps de ferme,

sont rentrées dans l’ immense Cathédrale d’un pas sûr,

ramassant au passage les restes de pages attristées,

sont reparties par l’énorme porte,

âmes et contes sous le bras,

et les ont plantés dans le jardinet du clocher.

Le chat fit tomber l’eau du seau dans les songes,

réveillant les souris qui le rongeaient,

on respirait la moiteur des ballots sous la sécheresse du lieu,

et la douceur allongée dans un vieux canapé,

campait en attendant mieux,

figeant la beauté d’un café posé sur une petite cagette.

A l’activité des champs s’ajoutait l’activité du cœur,

qu’un vieux tricycle oublié là depuis belle lurette,

rendait nostalgique.

Le travail fut rude et fatigant dans l’espoir d’une moisson éternelle,

ce fut l’entreprise du diable et de l’enfer,

arrosée dans l’entrepôt par des anges de dunes et de sable.

L’homme aux bottes fit tomber le petit miroir qu’il utilisait pour se raser,

il se brisa en mille morceaux.

Il lui faudra maintenant les utiliser,

pour relever les bras coincés dans ses manches

et regarder les cieux descendre le soleil sur ses hanches,

en mille miroirs de poudre aux yeux.

Je lui apprendrai à recoller les morceaux et à salir ses bottes,

car la boue reviendra

enfiler des anecdotes dans un pays aux quatre saisons.

Je veillerai sur le lieu de l’explosion

comme une louve sur toute sa tribu de moisson,

jusque dans l’hémisphère Sud.