La fin

Comme disait Georges Brassens dans une interview sur France Culture

qui date un peu, « le temps passe et (—) les trois vers du début

disparaissent au profit des trois vers de la fin,

c’est la nécessité de mettre un cadre,

qui fait changer le début,

en suivant les mots de la fin.

C’est alors une autre idée.

Je n’ai pas l’intention de dire quelque chose quand j’écris,

je n’ai pas de philosophie

personnelle ».

Peut-être que l’idée du début est quand même contenue un petit peu,

dans l’idée de la fin,

invisible à l’œil nu,

visible à la fin.

Une séquence réellement grande que l’on pourrait passer une vie à écrire ou peindre,

sur son même thème.

On laisse la vie nous planifier et on se lit,

il faut de la discipline pour ne pas se laisser influencer,

rester dans la faille,

de la douceur, tant de douceur,

laisser les cigognes nous amener leurs petits,

un à un, dans le grand nid tout en haut de la cheminée,

qui domine la ville et la campagne,

sans présager lequel sera le plus fort ou le plus chétif,

le plus bavard ou le plus discret.

Le travail des parents est de ne pas poser d’espoir dans leur bec,

mais de nourrir leur langue au chaud dedans,

celle de leur voix ,

il leur faut trouver autre chose, un cri du ventre,

des paroles en musique,

celui ou celle qui écrit, peint, sculpte, joue ou tout autre jardin,

ne peut pas non plus composer,

sans des mains aquarelles,

qui fabriquent de la vie,

ajoutent des cordes aux violons des dingues,

modèlent.

Les passeurs ont du miel dans la gorge,

qui leur donne une voix railleuse et délicate,

une gouaille rocailleuse et volante,

des frissons dans les ailes,

pour attiser leur courage et sauter dans leur feu,

ne pas faire toujours pareil,

oser l’amour,

suivre leurs propres pas, ceux de la beauté aux traits laids et sublimés

à la finesse d’un soir d’été.

Comme les enfants, ils ont un accès un peu petit ou un peu grand,

à quelque chose d’une bougie allumée même par grand vent,

dans les fentes des rochers,

si près de l’eau, qu’elle coule dans les bois,

si près du vent, qu’elle donne son oxygène.

Mes bras me démangent tellement ce matin,

ils me demandent de leur apporter

cet invisible à prendre dans leur amour,

même si le commencement et le début n’en n’étaient qu’à leur fin

et que le temps passe,

qu’il me soit douloureux de l’envisager,

je resterai à l’attendre

jusqu’à plus faim.