Déclaration d’amour

Se laisser couler dans un jour sans fin et se faufiler sous des draps de pluie.

Ne plus rien attendre de tendu, d’exigeant ou de brillant.

Ne plus rien regarder, ne plus rien voir, décider ou abréger.

Tendre le bras au dessus du fleuve et le caresser en l’émoustillant.

Fermer les yeux et décider que c’est la fin.

Revenir à la naissance de toute chose, quand l’enfant ne sait pas ce qu’il fait là,

que tout n’est qu’impression, chaleur ou froid.

Ca fait longtemps que j’essaie de mourir.

Le moment est venu.

Il est l’heure de la métamorphose.

Bug dans le cerveau.

Je fais claquer l’élastique, il me revient dans les dents,

même pas mal, non, il est doux comme un baiser,

enflamme mon désir, je tombe dedans,

sans fin.

Je n’ai plus envie, ça tombe bien.

Il y a autre chose que je sais.

L’amour est là, dedans.

Je ne sais pas tout.

Je ne sais pas ce que c’est.

Je voudrais juste qu’il court nu dans la rue et se retourne sur moi.

Magnifique!

C’est le sel que je lèche sur mes doigts en aimant le toucher

de mes lèvres et la douceur de mes doigts, en imaginant que c’est toi

et que ce moment n’est sensuel

que parce que ce sont tes lèvres et les miennes.

Allez, va au Diable et moi aussi !

Il y a eu tant de raisons increvables pour rester vieux et coincés,

je capitule, tu as crevé mon allant, j’avance et j’ai rompu mon élan.

C’est grisant, c’est mutant.

Je me suis servie un verre de vin, j’ai senti que ça allait être difficile de lâcher.

‘Today is the day ». Yep.

De toute façon je savais qu’il allait arriver.

Mon fils me l’a annoncé déjà au premier frimas de l’hiver.

« Quand j’aurai huit ans, toutes mes routes vont se rencontrer sur la route principale.

Elle est déjà en construction. Maman, il faut que tu me le rappelles. »

C’est fait. C’est dans vingt-deux jours, le vingt sept.

Mais avant si tu permets, il faut que je meurs, pour te suivre, je vais revenir.

Oui sans hésiter, je meurs mon fils.

S’il te plait, montre-moi comment on fait parce que je ne sais pas.

En attendant, je t’empêche de grandir.

Bouge. Maintenant. Aime comme tu sais faire.

Et comme à chaque fois que j’envoie un écrit dans le ciel,

je vais le regretter l’instant d’après, il va me manquer car déjà il ne m’appartiendra plus,

suivra son chemin sans moi, libre.

Je me sentirai orpheline et déjà un autre texte prendra sa place,

tant que j’aurai des choses à dire je suppose.

Moi là-dedans? Je ne sais pas.

Je me sens comme une boite à tabac.

Sous le coude, toujours remplie, vidée, remplie, vidée, utile, inutile, indispensable,

pas nécessaire, précieuse, dérisoire, invisible, visible,

un objet de transition pour la pipe, de survie pour son propriétaire ou l’inverse.

« Ceci n’est pas une pipe » et je ne suis pas une boite à tabac.

Non, vraiment, je ne sais pas. Ou je ne sais que trop,

que je n’ai rien à déclarer,

ou trop,

I do love you.