La paix

Oui Anne-Marie, tu l’avais bien senti,

une chanson et puis?

La paix s’adosse au mur et me réchauffe langoureusement.

Mes mains blondes

racontent les lutins,

dans ma tête en douceur,

se dessine un orgasme,

les plumes depuis l’école,

écrivent ce pléonasme.

J’entrevois des lagunes et des maisons dorées,

il y a là un lieu de passage entre sable et pins maritimes,

une trouée verdoyante dans la mangrove,

jusqu’au chenal, où l’eau ramasse ses hublots et ses coques,

ses chenilles de mer et ses merveilles,

quand je ferme les yeux je le vois loin,

si je les ouvre je le vois trop,

mais maintenant je le vois bien,

mes yeux n’ont plus faim

du trouble.

Ma robe fait l’inventaire de l’océan,

s’ouvre à perte de vue, les flaques scintillent

et les bateaux montent dedans,

je range mon amertume.

Tous ces ruisseaux, ces canaux se remplissent et lui?

L’eau est limpide et surtout florissante.

Il y a dans mon ventre la potion chaude du miel,

des sourires et des lèvres,

ceux d’avant, de bien avant, qui ont poussé dans des corbeilles,

coulé entre mes omoplates et chatouillé mes œufs.

Une goutte sauverait mon omelette,

une goutte au bout, une goutte de fleur,

le temps est en suspens dans sa saveur,

mais ce n’est pas grave,

c’est un abîme,

c’est bien même,

c’est une âme,

la bise a ramassé ses enfants qui jouaient dans la rue,

ses marrons chauds et ses poèmes sous leur plaid,

je crois que je n’ai jamais été aussi fragile,

aussi perdue, aussi éphémère,

je mets de la ciboulette au dernier moment,

dans des plats prêts à être dégustés,

donc je pleure, ça me fait sourire.

Les angoisses remplacent les larmes qui annoncent des joies,

qui offrent des glaces sur des langues exquises de mots délicieux,

des confettis de farces et attrapes

lancés en guerre,

sur des éclats de rire,

et retombent habiles et sans enjeu,

sur des chapeaux de feu.

Fraise et chocolat, féérique mélange auquel j’ajouterai une fraîcheur

de menthe, une fleur d’hibiscus et un gros vieux chat gris et gentil,

assis sur ses fesses, endormi dans sa liesse,

ses mille voix jubilent, il ronronne.

Et oui ! L’immobilité des poils remue la queue et lit dans les yeux,

le regard du fauve perce et prie,

il sent les cœurs, il sait tout,

sa vie est aussi compliquée que ses sept vies,

car la mort rôde toujours,

elle est lui.

Il ne peut le partager, il ne peut le conter,

mais il peut nous le montrer,

il miaule dans son regard et vient se pelotonner,

tout est en lui, sans lui, avec lui,

à l’infini,

je m’endors sous la pluie,

la dehors,

tous les jours de la semaine,

tous les dimanches soirs indolores,

tout est dit,

et la paix mord,

ses matinées de Satan,

en confettis.