Des champs d’or

Il y a cette magnifique chanson de Sting, « Fields of Gold »,

des champs d’or,

tu te souviendras.

Le printemps.

Il y a la pluie qui a renversé ma tête dans un tableau en explosion,

pendant que je peignais le ciel de gouttes et de moisson,

agitée par l’air du temps, dans le bleu marin,

mon âme coulait et je la retenais entre mes seins.

Il y a l’automne, ma saison préférée,

tout est lumière rouge dans le ciel aux feuilles ambrées et brillantes,

jamais éteintes,

la mélancolie de l’hiver déjà s’avance, depuis toujours je l’apporte,

c’est un cadeau doré.

Il y a ces routes déroulées à l’infini, pendant de belles heures chaudes et radieuses,

à l’ombre de leur toit décapotable et de la pluie qui s’abat à torrent sur la radio

quand il ne veut plus se fermer,

comme un coup du sort jeté aux oiseaux de nuit,

qui roulent des heures, trempés, pour rejoindre la maison,

sous des rires et des envies de chanter,

des crapauds mouillés en folie,

dans une joie mêlée d’averse et de sang.

C’est une route de retour,

de peine, de lourdeur, d’humidité rafraichissante,

de vie.

Il y a ces sourires posés sur des bords de fenêtres, qui

lavent les carreaux pour mieux les voir passer.

Il y a tes bras qui m’enlèvent, me soulèvent, me jettent dans

les étoiles, si loin que j’ai réussi à m’y accrocher,

de là -haut, je me sens petite et grande,

je disparais dans mon soupir,

et je deviens visible à mon tour,

mon désir me trouve.

Il y a ta voix qui pose des mots que j’entends jusque dans ma gorge,

ils me font danser nue dans mon sommeil,

ils apaisent mes nuits,

ouvrent mes yeux,

dès l’aube,

je n’y vois que du feu.

Il y a tes yeux qui me regardent comme jamais personne ne m’avait regardée,

et je me souviens des chemins, des autoroutes, des longues bandes blanches,

des feux,

des paysages qui défilent,

des stations essence pour faire le plein,

je me souviens des couleurs qui changent,

de ces lieux qui me parlent, qui m’appellent, qui me disent depuis si longtemps,

mais enfin, arrête-toi!

Je me souviens de tout maintenant.

Je laisse mon ventre rattraper ses années,

plonger dans son bain d’eau bouillante,

sa peau devient rouge, le temps se distord, les cheveux se perdent,

les poissons prennent les tunnels et sortent à la lumière,

quand je sors j’ai un crayon à la main,

mon corps se souvient,

ma mémoire aussi,

c’est elle qui me prendra dans ses bras.

Il y a tant de choses à explorer,

ce qui est sûr,

c’est que tu a trouvé la clé,

et je traverse des champs d’or.