Si grande que ça..

Je n’ai pas retouché ce texte, car à la descente de l’avion, j’ai glissé à l’aéroport, je suis tombée,

me fracturant la cheville à trois endroits. Direction l’hôpital de Bari.

Je suis sortie, une plaque, des vis, tout va bien.

Beaucoup de temps, beaucoup de vent,

l’humour est amphibien,

il court pendant que je nage, pendant qu’on me vole.

Je ne sais plus où sont mes coïncidences,

j’en ai perdu quelques-unes,

entre la route et le désert, les cactus piquent.

Parce que ce n’est pas moi qui ai la clé,

c’est celui qui a volé mon soleil, mon été,

je déteste qu’on ne me demande pas ma permission !

Quel enfant je fais,

parfois.

Je suis toute ouïe,

et j’agonise sans bruit, avec discrétion,

enfin j’essaie.

La pluie a ramené ses embruns longs et fumants,

et ses oiseaux aux yeux de cailloux, fixés au ciel,

par de l’écume souillée, douce,

un reste de poison entrainé dans la vague,

qui a beaucoup à perdre,

râpé par la pierre,

nappé de lumière,

l’encre coule,

et le bouchon remonte à flot.

J’ai parcouru des heures allongées de tendresse, redressées comme des têtes,

des heures idolâtrées par leur horloge débonnaire, leur air séduisant,

je n’ai pas écrit, ou peu.

Je ne sais pourquoi, il a fallu que j’attende d’être dans le ciel

et je lui demande :

« Ne m’enlève pas maintenant ce que tu m’as donné hier,

s’il te plait.

Tu avais raison, il faut que tout revienne et tout revient ».

Il n’y a pas que la sueur qui coule en vain, il y a la peur,

je n’avais pas à craindre, je n’avais pas à souffrir,

ou si, mais de trop d’humanité, pas de trop de chagrin.

Car le jour qui pointe dans ce vol vers l’Italie,

vers Monopoli, les Pouilles, la mer, la douceur,

a déjà vu tant de changements,

qu’il rentre dans ses ailes,

et se repli sur lui-même,

son heure vient.

Il se concentre, se recroqueville, s’emmêle,

s’épanouit dans son creux.

Tant de plumes pour un si bel oiseau,

c’est normal, il s’habille en attendant.

Le dernier annoncement ce matin,

après avoir oublié des papiers importants pas très loin d’un lac aux berges

rongées par la lune, allumé dans sa perle, pressé dans son heure,

et puis ce petit bonhomme qui ose me parler tout bas,

maman tu étais beaucoup sur ton téléphone hier,

et tout à coup je suis pleine.

Il est mon bâton de pèlerin,

mon hirondelle.

Sur la route vers l’aéroport, je savais déjà qu’hier prendrait son envol,

dans un ciel capitonné, un ciel de traîne, un ciel, mon Capitaine !

Je venais d’entrevoir que l’oubli s’annonçait comme l’hiver dans un verre de vin chaud,

j’allais prendre le train en lacets, dans les profondeurs de ses collines,

l’arrivée vers les pyramides, la montée au sommet qui redescend sans son ciel,

j’allais faire le tour,

et puis je me suis ravisée,

mes enfants sont venus au sommet,

me ramener chez moi,

désormais je n’écrirai plus sans eux,

j’ai pris les escaliers plus grands que moi,

j’ai réussi à monter, parce que je suis plus grande

que ce que je ne pensais.