Le pèlerin

C’est donc à cet endroit que tout se passe.

Dans le giron, dans l’inouï, dans la matrice.

La solitude, le tout-venant du nombril du monde,

le trou soyeux, la saveur édulcorée de la peau,

par le jus de fleur, le jus d’envie,

la langue de l’oubli,

qui trahit le moine,

ancre la vie,

dans sa mémoire.

L’enfant aux aguets, insolent et dégourdi,

l’intrépide ignorance, la douce oraison,

servent le silence,

ailleurs,

l’Appel.

Il luit au loin une lumière, un soulte de radieux hiver,

renversée dans sa chimère,

prête à éclore,

acheminée depuis l’éloquente rébellion du temps,

place au mendiant!

Quintessence de l’artiste, le divin entre en lui comme la combe fond dans sa pente,

la poudre blanche lovée entre des hanches minérales.

L’alchimie transforme l’ironie en fantasme,

la raison a pris la peine de s’y perdre.

Le pèlerin prend son bâton et tape le ventre de la terre, dans l’écho qui

remonte des profondeurs, le malheur de l’homme hurle,

qu’on lui serve enfin son bonheur!

L’entêté rencontre le regard insensé, la fin tragique: les guillemets.

« Entre! Vie! »

Sources et enivrements ont forgé le chemin,

qui s’ouvre vers la lumière.

Rencontre inhérente aux siens, il falsifie son corps, oppresse son âme.

La grandeur de son esprit souffre de ne plus pouvoir parler,

il demande à la matrice,

son ange.

Elle s’exécute. Toujours. Elle redonne. Elle savoure l’enjeu, l’Amour.

Elle protège? Elle façonne.

L’idée qu’un jour il arrive quelque-part hante ses nuits, distille ses jours, transforme

ses mains en colombe.

« Le chemin est le tien, emprunte la voie le long des haies, aligne tes pas sur les siens. »

La matrice veille sur le pèlerin,

et lui rend sa voix.