Les premiers pas de Noémie

Aujourd’hui,

c’est l’anniversaire de ma nièce,

dix ans.

Quand je pense à elle, je pense à l’ irrésistible.

Ses premiers pas? Inépuisables.

Chacun d’entre eux est

une apparition,

un miracle,

un sarment grimpant sous un vent du large,

une terre courageuse qui nourrit la vigne:

le pas malin ne dit pas « je suis prêt »,

il bondit,

dans un coteau étroit,

dans une robe divine.

Quand on voit une grappe,

on tire sur la tige fine du grain,

qui fait un bruit transparent et court,

un petit déclic qui délivre l’ovale divin,

dessine les contours,

du plaisir à venir,

c’est le premier repas qui court.

Le chemin à parcourir se fait sans folie mais dans le vide,

sans filet,

toutes les couleurs de la vie se mélangent dans cet élan,

de la grappe qui tient à la bouche qui mord,

la fin est rapide et sucrée,

l’enfant retombe sur ses pieds.

La vie ainsi apportée croque et gicle,

le meilleur moment est une gifle,

un jus que l’on prend en acquiesçant ,

comme le premier pas qui surprend,

quand il s’envole,

retombe si habilement,

la grappe et le pas ont le goût de la vie,

mission accomplie,

c’est le bond du cabri.

Le liquide dans le fruit est torrentiel et sa saveur réveille.

Avant de disparaître dans un estomac magnifiquement organisé,

cellulairement avancé, efficacement blotti,

le grain a nappé le palais,

servi son premier pas.

Ma douce,

je te souhaite des pas,

des envies et des fruits,

aussi grands que toi,

aussi beaux que ta route.