Bella Ciao

Tu me l’avais dit mais je ne t’ai pas entendue.

Pourtant je le sentais,

tu étais là tout le temps,

à veiller sur moi.

Je me préparais ou j’attendais,

un signe de toi,

qui n’est jamais revenu,

ou qui était là,

planté en moi,

comme un perce-neige glacé par le vent,

diffusant sa chaleur extrême,

sa mélodie blanche,

évidemment,

avec passion,

et sans voix.

Tu me l’as chanté, tu me l’as fait écouter:

il n’y avait personne d’autre que toi,

en moi.

Mais je t’ai ignorée, parfois égorgée,

tu as essayé de me le dire,

entre deux sanglots rouges.

Un peu comme une montagne qui chercherait le ciel,

je t’ai cherchée au sommet,

sans jamais voir que je te tenais dans mes bras,

sans jamais t’embrasser,

qu’une à deux fois par siècle,

ou te regarder droit dans ta pluie,

sans pouvoir t’empêcher de pleurer,

il y avait du plaisir,

tétanisant ton coeur,

jusqu’à l’euthanasier,

ne laissant passer que la rumeur,

jamais la joie,

la femme tient Dieu entre ses paumes,

et la montagne ne fit pas assez d’effort,

ensevelit le Saint,

sans nulle autre prière,

que le bruit de sa chute,

et le cri de sa foi.

La femme le prit, le soigna, le sauva,

et Dieu reprit son chemin.

Nous voilà branchées par une inéluctable alerte,

un manque souverain,

une perte toute humaine,

une infinie tristesse,

Dieu est amour.

Toi et moi pensons:

« L’amour est un tyran qui n’épargne personne »,

c’est ce que nous a dit Corneille,

oui,

il semble bien que tout cela ne soit que danse dans un étang

qui s’anime,

de voix et de sourires,

de bulles à la surface du monde.

Ne serions-nous là à jouer et nous enjouer que pour que

nos âmes se rencontrent ?

D’aussi loin qu’elles nous viennent,

elles s’électrisent de cette énergie qui façonne toute vie,

promenées par les lutins,

de trous en clairières, de promontoires en cavernes,

d’herbes en eau,

ils sont les ouvriers de l’An d’Eau.

Pour les petits à venir,

les yeux nouveaux et les secrets dans nos creux,

ne sont que des poids de trop,

tapissant l’espace.

Nous devrons être là,

pour leur épargner ça,

qu’ils aillent plus loin et mieux que nous.

J’écoute Keith Jarrett, le concert de Köln, 24 janvier 1975,

à ta mémoire, car il les a laissés rentrer, lui,

les lutins dans sa tête, qui sortent en concert, en génie,

en gémissements, de sa bouche à

ses doigts.

Je te donne mon corps pour porter tes entrailles,

et ma tête pour porter tes voix,

outre tes doigts,

je te dis « je ».

Je te redoute et te donne tout cet amour que tu avais pour moi,

que tu savais mais que tu ne pouvais dire,

avant moi.

L’annonciation a jeté les premiers pas de nous.

Tu étais sûre,

que l’heure viendrait,

c’est ce qui m’a conduite ici,

je suis apparue au milieu des êtres,

de toute mon âme.

Cela fait longtemps qu’elle traîne,

cette histoire,

longtemps que tu me poursuis,

je suis là, bella,

pour nous,

ciao.