Le cheval de Troie

(Pour ceux qui ont reçu « Troye », oui, j’ai eu maille à partir avec un Y ces derniers temps,

alors, il se montre…)

Nous ne sommes pas prêts à nous battre,

nous sommes rentrés dans le mauvais café,

j’adore cette petite table derrière la vitre,

ces petits carreaux blancs et bleus délavés,

sous tes pieds des bouts de verres,

que le propriétaire n’a pas encore ramassés,

il est épuisé, envahi,

conscrit avec nous,

tous.

L’odeur du filtre mal lavé,

épouse tes lèvres,

tu frémis,

sous la sensation du papier,

qui résiste au café,

des grains de soie au pays des merveilles,

l’odeur de l’endroit,

c’est l’enfer.

Il pue ta peur, ton anxiété,

j’adore cette vie de l’autre côté,

rien que de l’amour aux abois,

pour le reste,

tout le monde attend,

le choc des civilisations.

Je pose mes doigts sur les tiens,

entre toi et moi,

tout tient.

La glace fond et je suis sûre

que tu me tiens,

et l’ours polaire s’enfuit,

dans le creux de son âme,

il prend l’eau,

retiens-le,

bon sang!

Au fond de la salle,

je vois celui qui a tout déclenché,

il reviendra à la fin,

il sait,

il saura quoi faire.

La sauce coule de sa bouche

barbecue et vodka,

en attendant d’agir,

il trinque!

Deux années d’hibernation,

des millions de lumières encadrées,

« Morts pour la plague »,

tout ça pour expulser,

un peu de sauvagerie,

on aurait pu mieux faire!

Ca y est,

il y a de la détermination,

les gens sont comme ça,

il arrivent toujours tous en même temps,

alignés près du photomaton,

ils font la queue,

pour un portrait de leur tête,

qui ne tombe pas toujours entre leurs mains,

mais finit toujours dans leurs bras,

éventrés comme des polochons,

il faut bien que le corps expulse,

pour qu’on l’entende,

souriez !

Sur le trottoir d’en face,

la porte incurvée de l’Eglise,

l’emplacement des charnières,

tout est clair et tangible,

la porte s’ouvre et se ferme,

sans personne pour la pousser,

elle se retient seule de tomber,

depuis les terres charcutées,

sous le soleil,

les charnières sont solides.

Derrière les pires offices se cachent les plus belles inspirations,

les vocations ratées ou juste en sommeil…

Alors alors,

on les laisse buller les chouettes de mauvais augures?

Etre à plusieurs, ce serait mieux,

pour sceller le cheval,

un poil solide et souple à la fois,

des portes qui s’ouvrent et se ferment,

un cri d’orage,

et des écrous, des vis,

sous la pluie coule ses flancs,

il se lève, une jambe puis deux,

son museau fume,

sa force est juteuse,

il relève la tête,

se tient maintenant sur ses quatre jambes,

rempli de ses hommes qui grimpent son garrot, ses flancs,

nourri par des femmes onctueuses et courageuses,

il est à un moment clé de sa vie,

nous tous aussi,

je sais maintenant,

qu’il a été seul toute le temps,

va t-il fouler les pavés?

Pourquoi diantre Dante a t-il écrit cette phrase?

Elle semble ne plus vouloir quitter ce sol,

depuis que les bonnes intentions se sont planquées,

dans un cheval de Troie….

Allez, lève-toi monture,

le pire est derrière nous,

« Nous » se lève

déjà,

il est sublime.