Le lion du Panshir

A l’Amie… qui se bat pour les femmes.

A mon ami l’Ecrivain qui me disait hier, c’était violent ce texte, et profond.

Violent, n’est-il pas le pendant de profond ?

Donne moi un peu de ton temps, j’arrive, avec mes bottes de 7 lieues, à la 6ème station, là où on laisse tout derrière soi, là où l’on grandit, l’on change, je suis cette petite fille « Du voyage de Chihiro »,

qui a quelque chose d’un Rantanplan…

Oui c’est délicat, la rébellion, l’exaltation, l’injustice, l’immobilité…ou pas.

Je ne peux pas ne pas l’écrire.

Massoud l’Afghan.

Je ne sais pas pourquoi, il m’a tout de suite parlé, intimement, donné envie de le suivre. C’était peut-être l’homme en moi, le clairvoyant, le guerrier, le possédé apeuré qui cherchait du courage. Il y a plus de vingt déjà, je lisais son livre et je le suivais dans ses déplacements, à 5000 mètres d’altitude, en sandales sur les sentiers escarpés, fusil sous le bras, que j’aurais eu peur d’être un Moudjahidine!

Il en fallait de la force et de la foi, de l’intelligence, de l’éducation aussi. Et de l’amour pour sa famille, sa femme, ses enfants. Rassembler des clans, un peuple, se battre sur tous les fronts, se faire encercler et dormir la nuit, parfois, auprès d’une petite lumière tamisée. Si peu.

Deux jours avant le 11 septembre. Il n’aura pas vu, le futur antérieur. Peut-être savait-il? Il a été assassiné. Oui, ça devait arriver bien sûr, c’était le risque, la force, la mort au bout du tunnel, la lumière aussi.

Et puis les tours explosent, se fendent, se ratatinent et écrasent. Deux avions énormes saturés à bloc, sûrs de leur coup, transpirants, le cœur battant, criant « Allah Akbar », les prennent dans leurs feux, avant de les damner, inhumant des cris d’amour, du fond de l’horreur, des familles, des sauveteurs, des passants, profondes entailles de bois informes. Fleurs de cerisiers dispersées au vent. Paix à leurs âmes.

Aujourd’hui, plus que jamais, sa voix se répand, sa force, sa mémoire.

Espérons que les Afghans le retrouvent quelque part, ainsi que toutes celles et tous ceux qui ont combattu à ses côté, et depuis. Ce qui se prépare nous laisse sans voix.

Et pourtant il faut bien la retrouver.

Quand le soleil se lève,

il fait si froid, si haut, si loin, si seuls,

il est revenu celui qui coupe, qui scie, qui lâche, qui hache,

presque poussé, ramassé, engendré par des chars de l’Est,

des chars planqués dans des steppes sibériennes,

des pauvres mourants rompus à l’art de la victoire,

parfois des sauveurs,

des enfants dans leur cœur,

des armes de combat affûtées,

oui,

on s’y perd, non?

« L’homme est un loup pour l’homme » et un valeureux lion,

frère de sang, frère de bras, frère d’armes et d’apparition.

Les hommes surprennent, font illusion, illustrent et désamorcent.

C’est ce qui donne cette force,

à celui qui se faufile avec haine et colère,

ils sont bons,

les hommes sont bons.

Peut-être l’impudence à ne pas déclarer la vérité,

ne pas oser montrer leurs paumes de main,

leurs erreurs, leurs faiblesses,

c’est humain,

et le ver est dans le fruit.

Ce qui est drôle c’est que les femmes savent tout cela très tôt,

c’est peut-être pour cela que l’on veut les faire taire,

sur les terres de lâcheté,

elles sont trop sages,

il faut les aviser,

les diviser,

en petits morceaux,

que de courage dans ces mains qui donnent la vie,

comme on donne l’amour,

en héritage.

« Well », comme disent les anglophones,

le soleil s’est levé une fois de plus,

il couvre la planète,

la moité,

et petit à petit fait le tour.

Il vient vers nous,

doucement.

Nous n’y échapperons pas.

Bien sûr qu’un jour nous serons au pied du mur,

nous ne savons faire que ça,

W. Churchill le savait,

c’est bien pour cette raison qu’il buvait,

pour mieux voir,

les rayons qui se présenteraient comme des sonars,

et livreraient l’emplacement des hyènes.

Tel en est des hommes et femmes qui ont le malheur de voir,

ils apostrophent,

ils souffrent.

On ne les voit pas, ou si peu,

on les sent,

c’est mieux.

Tout au moins, on veut bien leur reconnaître des actions ou

des traces de génie, des tragédies,

oui,

ensevelies sous des maux,

ils disparaissent des radars…

A moins qu’ils n’écrivent un livre,

des traces de sang,

de batailles perdues d’avance,

reconnues dans le prochain hasard.

Puis on s’en retourne dormir dans nos passions, infuses

dans des qualités solides (emprunt à H.de Balzac),

nos draps sans chaleur, nos cœurs semblants.

Alors, ça commence ici…

Le lion, lui, laisse sa lionne réussir sa mise bas,

et se fait beau,

comme le soleil,

sa crinière en dépend,

tout comme son cri de guerre.