L’huître

Qu’il est doux de se laisser glisser,

je veux que l’on prenne soin de moi,

j’en ai besoin,

mieux que moi-même.

Les courants le font très bien,

ils me font vaciller,

coquille et mini-récifs,

le plaisir d’attendre,

la sérénité de l’eau,

qui berce,

nourrit,

longtemps.

Vorace. Légère.

Pas de catégorie non,

pas de mollusques ambivalents,

j’ai mieux,

rien que le temps.

Je ne suis absolument pas indifférente à ces quelques sentinelles

qui suffisent à sceller ma journée,

à me doter d’un nom,

l’immobile élément.

Rien de très original,

Commedia dell’arte ou pas,

je me ferme,

je filtre,

je ne bouge pas.

Parce qu’il faut bien ouvrir le rideau sur quelque chose,

et que je n’aurais pas parié sur ça,

il aurait fallu plus de sacrifice,

et je ne suis pas sacrée,

j’ose le plat de résistance,

en entrée.

Au passage de mon indifférence,

j’ai préféré la marée montante et descendante,

le creux de la vague,

le rocher coupant,

la douce vaguelette qui me caresse,

la mer en mieux,

la liberté.

Je n’en n’aurai jamais assez,

c’est pour cela que je m’accroche,

pour des millions d’années,

à ce caillou mouillé.

L’iode.

La perle.

La marée.

Le vent.

Voilà,

je suis un être fermé,

une huître vivante.