Encore

Nous avions une vingtaine d’années,

nous savions rire, boire et voyager,

nous adorions rouler pendant des heures,

la nature était magnifique,

il m’emmenait avec élégance et décontraction,

sur les routes sinueuses bordées de forêts,

je conduisais sa Jeep,

nous savions aimer nos amis.

Je passais mon été à Lynchburg,

en Virginie.

Il était aisé de se faufiler dans la vie,

parce qu’elle n’attendait rien de nous,

que de rentrer chaque soir dans nos maisons.

C’était les vacances, notre job d’été,

lui, maître-nageur,

moi, monitrice.

Il se souvient de l’odeur du feu de camp,

de mon parfum,

Amarige, Givenchy,

de la musique, de l’ambiance de fête.

J’étais farouche et il se disait qu’il ne devait rien précipiter,

nous nous étions vus quelquesfois.

Cette fois-là,

assis sur des troncs d’arbres,

je fondais au fur et à mesure que la nuit avançait,

et que nous nous rapprochions.

Nous avons enfin dansé et j’ai passé mes bras autour de ses épaules,

j’ai rapproché mon visage du sien,

la tête penchée sur le côté, les cheveux devant mes yeux,

je l’ai regardé,

j’ai saisi ses lèvres et je les ai embrassées. Embrassées. Embrassées.

Encore. Encore et encore.

Passionnément.

J’ai pris à moitié, j’ai donné à moitié.

Il a pris la moitié, il m’a donné l’autre.

Ma bouche sentait la bière, la cigarette et la menthe.

Lorsque j’eus terminé mes pommettes étaient rouges,

mes yeux à demi fermés et je lui souriais.

Nous entendions des voix autour de nous,

se moquer gentiment,

sans les voir,

des rires. C’était plaisant et gênant,

il vit dans mes yeux que je lui disais « on s’en fiche »,

il a trouvé cela cool ,

ça devait être cela l’amour.

Le soir en rentrant chez lui,

il est descendu de sa voiture et s’est mis à danser,

dans la rue,

comme Fred Astaire.

Tout est vivant dans sa mémoire.

Encore.