Réfugiées du Soleil

Bouches fermées ,

elles appellent les enfants dans la rue,

« Nos enfants » !,

et ils entendent.

Les instruments de musique cachés sous les lits,

elles plient les draps silencieux ,

les règles sont : ne pas se montrer.

Elles ne dévoilent que l’odeur,

sans le savoir,

et c’est déjà trop,

mais en vie.

Nous sommes les femmes qui vous ont portés et libérés,

oui, vous serez toujours nus,

à nos ventres,

mais aussi Autre,

à nos yeux.

C’est ce qui nous fait Mère et Femme.

Plus vous vous éloignez de nous,

plus les liens vous enchainent.

Nous ne pleurons pas le mal qui vous ronge,

nous savons de tout temps

qu’il est là,

nous nous heurtons à notre corps.

Vous êtes perdus d’avoir été aimés.

Au moins une fois.

Au moins par nous.

Si Dieu est grand,

nous aussi,

aussi grande que notre réalité:

tant exister dans nos chairs,

qu’il nous faille donner toujours plus,

de foi.

Dieu aurait-il offert à ses mots,

des conséquences ?

Soyez prudents dans vos choix,

soyez humains.

Et quand la femme lit cela,

elle dit à ses fils

qu’elle voit dans leurs yeux, le soleil et la joie,

le courage et le travail,

elle entend le pianoforte.

Elle dit à ses filles,

« vous savez déjà »,

et dans un clin d’œil solitaire,

elle les fait solidaires,

elles entendent le vent et les prairies.

Aujourd’hui les femmes brisées se réfugient derrière des montagnes,

aussi infranchissables que réelles,

aussi discrètes que le soleil qui se couche

sur des enfants écrasés,

elles regardent des mains d’hommes détruire leurs doigts,

elles ne joueront plus,

elle tiendront entre leurs dents.

Ces femmes

sont l’histoire racontée,

l’histoire en marche,

aussi voilées que certaines.

Chaque coup qui leur est porté,

déforme mon visage,

mobilise mon cœur,

fait tressaillir mon âme,

et d’où je suis,

je les serre tout contre mes bras,

et quand je prends mes amies dans mon cœur,

je suis elles.

Les frontières ne seront pas suffisantes,

il faudrait faire disparaître jusqu’à la dernière,

pour que vous ne soyez pas morts de trouille,

et disparaissiez à votre tour,

éperons de Cheetahs !

Nous savons le noir qui vous entoure,

le blanc qui vous endeuille,

et nous chercherons inlassablement celui qui vous

fera couleur,

nous,

les réfugiées du Soleil.