Le commencement

L’été s’est effeuillé comme une danseuse d’Automne.

Sur mon transat, moi aussi je me suis dévêtue devant les arbres. Je suis restée des heures à sentir la chaleur, moite et grillée. Quand enfin j’ai été prête à récolter la moisson solaire, je me suis jointe à la nature, étirée jusqu’au soir, jusqu’à la lumière bleue, la tranquillité. Ma tête s’est remplie à une allure sauvage et posée, j’ai presque attrapé des éclairs, il y a eu beaucoup d’orages. Je n’avais même pas envie de partager mes découvertes. Quand je reconnaissais que quelque chose venait de changer, je n’avais plus besoin de le dire, à personne. Et encore, tant besoin de l’amour que l’on me donne.

Il est tombé des averses de pluie et j’ai aimé les prairies inondées. De magnifiques étincelles ailées sont sorties de leur nuit, des lucioles. J’ai été époustouflée par leur courage.

Le temps faisait défiler des années, il ne semblait plus savoir grand-chose. Avide de fluidité, je me suis confiée tant et plus. Puis vint cette transition, cette épingle sur le chemin. Je rêvais peut-être trop de liberté, sans doute, ou d’amour et elle s’est plantée en moi, presque par miracle.

Mes petits Poséidon produisent de l’électricité, rien qu’en me parlant. Cela leur vient du fond du cœur. L’un deux dit: « mon gros cerveau protège le petit cerveau et mon cœur ne veut pas qu’il sorte ». Il explique le moi, le surmoi et le ça en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Ils ont sauvé mon voyage, nous sommes repartis tous les trois. Il y a eu également une autre et une autre , et untel et untel, aussi. Mes anges.

J’ai été invitée à me perdre et c’est ce que j’ai fait avec docilité. Je pourrais presque caresser mes flancs. J’ai réussi à rentrer toute seule, jusqu’à l’écurie, une bonne bête.

Je suis là maintenant. L’Océan se jette dans le silence d’une margelle bleue et claire. La brise douce et chaude caresse sa surface, d’une main attentionnée. Ce pourrait être moi, demain.

Des deux côtés de la falaise coulent des torrents. J’aime l’eau tumultueuse. Je quitte la route pour aller m’assoir au bord et je lui ravis sa liberté.

Dans le déclin de certains jours, la route est d’une infinie incertitude. Les dimanches, elle trouve son rythme, sa vitesse, son équilibre. Le reste du temps, elle me manque. Je la cherche, elle vient à moi.

J’ai fini par comprendre que je n’avais pas fait cela toute seule: faire voltiger les mots et mes pieds.

Mais puisque personne ne me croira, je vais le garder pour moi et je l’écrirai.

Pendant ce temps, mon cœur grandit et comme dit mon fils, le cerveau le protège. Je deviens consciente. Lui aussi. Je sens cette chaleur à l’intérieur de moi, qui ne me quitte plus et se multiplie. Elle me pousse dans le dos pour que j’avance, elle me fait chuter pour que je pense.

Ce doit être une sorte de guérison, en tout cas, ça s’en approche assurément. L’amour.

L’été touche à sa fin et je me lève seulement, pour moi, il vient de commencer.