Je fais ce que je sais faire

A mon amie Marie, qui vient de perdre sa maman.

….

Depuis mon lit ce matin,

je vois le gris allongé dans le ciel

et les arbres poussent devant mon nez.

La fumée de la cheminée annonce l’automne,

dans son ventre rouge, les petits

lutins de l’hiver tapotent les flancs de leur mère qui s’effeuille en mouvement.

Oui, elle se déshabille.

Sa fourrure d’été tombe comme un voile, à ses pieds, elle me regarde et me supplie

de ne pas la juger,

oui,

elle se dénude avant l’hiver.

Ses mains saisissant ses seins, glissent le long de ses hanches,

se posent comme des oiseaux sur un fil qui n’attend rien,

que le silence qui s’ouvre,

sur son impuissance.

Sa beauté m’envahit et ma bouche allaite,

suce les boutons des branches qui caressent ses rondeurs généreuses,

j’en perds mon latin.

L’ ailleurs ! Son portrait de flammes souffle déjà.

J’ai créé un monstre à mille pattes, aux ongles de velours,

pauvre petite chose sans nom, brûlée au sang,

se relevant sous des restes de peau, émiettée au cœur,

jus de magma dans ses draps épais,

découverte jusqu’aux genoux.

J’attrape le souffle lent dans l’air, le serre contre moi, si fort que je l’écrase,

il se débat pour sortir un peu de mes bras,

« ma vieille âme au pied levé, je te relève de tes fonctions.

Surprenante transition »,

articule le seigneur des bois.

Je vais t’aider, lui dit la douceur.

Moi non plus je ne sais pas comment j’ai pu le lui dire ou ne pas lui dire.

La porte s’ouvre.

Je sais encore moins comment la laisser partir.

J’attends et j’entends.

Il fait encore plus chaud qu’avant dans mes entrailles,

il fait plus sûr,

il fait plus froid aussi,

je crois.

Octobre est ce que je sais faire de mieux,

la nuit et le jour dans un manteau brûlant,

quand rougeoie l’Aube d’un matin calme,

elle s’envole et je la vois.

Un glaçon ivre trempé de pluie,

la saisit,

l’enrobe de chaleur,

je sais ce qu’il fait,

il oublie d’avoir peur.

Elle court et disparait,

en un instant,

dans les chemins du désir,

c’est sont projet d’Octobre,

elle fait ce qu’elle sait faire.