Café

Les petites lampes sont allumées en début de soirée déjà,

elles éclairent sans réveiller les foudres,

l’humeur est électrique après les courses et les bouchons,

et l’histoire ne dit pas comment se fondre dans la maison,

quand la nuit nous la ravit.

On sent l’odeur de la soupe jusque dans l’escalier,

les poireaux et les oignons,

ils reviennent dans les faveurs des dîners,

des retrouvailles après une vie simple,

c’est comme passer un pullover en mohair

sur une petite robe en coton cintrée,

la lune décroche la simplicité.

Qui a dit qu’il n’y avait rien à attendre des soirées qui s’écourtent?

Enfin et juste pour l’annoncer,

l’enfant n’a pas dit son dernier mot,

il sort son vélo et rencontre sa copine au bout de la rue,

il lui donne son dragon en plastique, elle, un jeu pour faire semblant,

elle est un peu en avance déjà,

bien que plus jeune,

lui, entre dans l’âge de conter,

laissons-lui sa chance, il est le soleil de sa fin d’après-midi,

ses yeux regardent le ciel

quand il cherche une excuse.

L’herbe pousse encore, elle est humide, on tond peu,

alors les chaussures se mouillent dans le jardin et écrasent

les limaces sur les grandes touffes vertes,

on dirait un champ de bataille abandonné,

les pluies et la neige brouilleront les traces,

et la vie laissera les belles tendrement soulignées.

Mon ami est parti en vacances au Portugal et ne revient plus,

probablement parce qu’il n’y a plus de coquelicots,

il est sous le charme des vieilles pierres,

il nous envoie du son pour nous consoler,

et comme une idiote j’aime tout ce qu’il écoute,

peut-être que l’Automne arrivera aussi au Portugal,

après, il pourra rentrer.

Enfin le petit matin vient de se présenter depuis une demi-heure,

j’ hésite à le saluer,

j’aime quand il me résiste, il a compris,

j’ai besoin d’un café.