Sémaphore

La scène antique, c’est mon fort. Ma force serait plutôt la sémantique; les bateaux, l’Océan, les bisounours arc-en-ciel, la montagne, le vent… tout ça quoi. Ah, oui, et les arbres!

Au loin luit une impressionnante lumière dans un hammam de béton, à grand renfort de projection elle allume la mer, et j’aime.

Heureusement qu’il y a ces petites choses éparpillées un peu partout sur la côte pour envahir la nuit de cristaux liquides et encourageants qui laissent aux capitaines le choix de quelques options secondaires.

A marée montante croquent les coquillages sur le bord de la plage et j’adore quand mes pieds parcourent la solitude de l’Océan sur un sable nu d’opprobre, la vie est plus simple après la nuit.

De là je vois très bien le phare et sa plaine et puis la mer et ses oiseaux qui s’encastrent dans l’eau pour aller y pêcher quelques chairs poissonneuses qui en dépit de tout bon sens montrent leur dos dodu à la surface de la grande bleue. La discrétion n’est pas de mise quand il faut répondre au cycle de la vie, et voilà, la mouette vient de plonger et moi aussi, dans le même temps. Je ne la vois plus mais je guette sa sortie, il faut bien exulter un peu la mort, et c’est plus facile quand les autres s’y collent, surtout les poissons.

Je laisse courir mes doigts sur les vaguelettes pendant que je trempe mes jambes jusqu’aux cuisses dans cette immensité qui vient me saluer jusqu’à la taille. Vraiment, c’est le meilleur moment de la journée. Pesanteur alentour, juste ce sémaphore et moi en personne, je ne vois même plus de bateau, il y a bien une petite falaise à droite mais elle se perd si bien dans son plongeon que je me doute qu’elle sait flotter, et j’ai l’impression qu’elle me protègera si je me noie, encore que, je sais nager probablement mieux qu’elle sans son poids.

Mais là prestement tout de suite je prends le temps de fermer les yeux, lever la tête, il n’y a pas mieux que cet instant précieux où je me « délice » de tant de légèreté. Si la vie pouvait durer tout comme ça, je signifierai immédiatement de vive voix jurant sur mon sein salé qu’on ne m’y prendra plus . Je me sens femme quand l’air est vivifiant et que je ne songe pas à remonter me sécher.

J’ai laissé ma serviette au pied du sémaphore, le soleil viendra réchauffer le mur et je vais m’y allonger sous la réverbération du sentier qui me fait peur. Je n’aime pas l’idée de pouvoir m’en sortir par une voie détournée vers la mer. Mais j’aime bien savoir que je peux y accéder. Aussi je sais que je vais aimer ces heures à sentir ma peau devenir miel. J’en oublierai les bateaux, la mouette gracieuse et je serrerai mes doigts dans les grains, laissant s’échapper le sable tout doucement. Doucement ici prend tout son sens, non ? Ou tout autrement. Ou tout en élégance.