Immigrée

Dans l’antichambre de la mer

l’eau salée se teinte

d’un bleu goûteur de ciel

d’un gris de suie

Des vagues herbivores ou carnassières

salivent

Il pleut des gouttes de fièvre

Je nage en eau troublante

Le boudoir des sirènes

me sert d’appartement privé

Je rêve que je suis arrivée

Le froid et la faim entretiennent nos chairs

Je noue des histoires fantastiques

avec des pirates et des conquistadors

des femmes qui fuient leur pays

des enfants qu’on embarque vers d’autres cieux

là où tout recommence

en pays de Cocagne

encore en silence

Les saisons défilent en quelques secondes

chacune son oraison, sur les pointes du vent

qui dérivent le courant

d’un banc d’oiseaux, amarré à la lune

Il me prend l’envie

de reprendre au début

là et maintenant

avec mon passé et ma boussole

qui montre le Nord

Sur une plage dans les profondeurs

je suis une mariée de l’enfer

dans la bougie de l’Océan

La langue hivernale

passe sa traîne sur le sable en vue

et je me réveille dans le ressac

d’un autre lieu

Je lance sur la grève, mes entrechats

Je danse, maquillée, pomponnée

de mon mieux

Des milliers de coquillages

ont déferlé sur la barge

en morceaux de verre

J’ouvre mon écrin

mon bijoux intérieur, mon Eldorado

J’accoste

Mes nageoires battent des ailes

pour me sortir de l’eau

dégoulinante de mes sens

déshydratée et assoiffée, huileuse

de ma surface

saisie de ma traversée.