Chalet, tu dors?

Eh le chalet ? Tu dors ? Ce matin la neige tombait en éboulements de flocons. Elle tremblait formidablement bien. Tirée par le téléski je me demandais: « A quand les masques à essuie-glace ? » Il était là, en contrebas, portes et fenêtres fermées, peut-être…Le chalet des alpages rendu à son glaçage semblait trop seul. Où est le berger? Où sont les chiens ? Où est la vie? Chalet, tu dors? Je suis passée trois fois devant lui et trois fois je me suis demandé, « vais-je aller le voir »? Peut-être une clé est-elle cachée sous la pierre à droite ? Peut-être suffit-il de pousser le panneau de bois ? Puis entrer sans bruit et poser mon sac contre le mur, trouver la boite d’allumettes laissée sur le rebord de la fenêtre et allumer le feu des quelques bûches laissées par l’estivant en hibernation saisonnière ? Peut-être n’était-ce que ma peur, ma supposition qu’il soit emprisonné pour quelques nuits ?

Chalet, tu ne peux raisonnablement pas penser que le pas de ta porte ne soit pas ta raison d’être.

Tu es ce lieu quand se forme la tempête où je franchis mon corps des blessures à réchauffer.

Je me suis posé toutes ces questions et je ne sais toujours pas si la porte était ouverte. Ma maison l’est toujours, je mets la clé sous le paillasson pour qui veut franchir le pas de mon imagination, ma demeure est un essaim d’abeilles silencieuses et travailleuses. Et puis pendant les pauses, je place une petite table et des chaises sous le cerisier et les mots coulent comme le vin, en bonne et due forme de peuplier. Je t’invite, toi la silencieuse aux chansons de porcelaine, à tremper tes lèvres dans mes verres, tu verras, les mots sautent de branches en branches comme l’écureuil au fond de mon jardin et nous parlerons de ce chalet et de sa porte, de ces choses de la vie dont tu ne sais plus que faire, nous prendrons le temps d’un aller simple dans ces pages de l’oubli pour que s’écrive une jeunesse printanière, nous serons ces abeilles butineuses au miel des fleurs d’oranges vertes … C’est ainsi que l’hiver ouvre la porte des son chalet au printemps.