Rose pourpre et puis…Ukraine

Nuage sans souffle, deux hémisphères d’un enfant…ouverts

Quelques mauvaises herbes ici et là

sortent du trou d’un obus

récalcitrant ;

la « division » nous envoie un échange réel

un instant T.

La pupille noire de la rose s’empourpre

et grimpe tel un chamois à la porte d’un jardin

abondant ;

au passage, ses porte-jarretelles cherchent à se dégager

et accrochent son cœur ;

la rouge éclaboussure accélère les palpitations

d’une artère d’Est en Ouest.

Une femme regarde au loin et se demande

où est allé se cacher

son chat noir ;

avant de partir pour Budapest elle prend son châle blanc

et les croquettes

il faut sortir de ce coupe-gorge.

Fleur d’une bonté antédiluvienne

ses ronces grandissent aux confins de la lumière et du ciel

et ses bourgeons bien vivants fleurissent des airelles

à l’acidité saisissante et glacée ;

elle tremble de tout son corps, serre les poings

et prend le chemin de la vallée

celui des épines pourpres encore.

Quelques secondes, quelques minutes, quelques heures

et la dentellière changera de mains

il faudra réapprendre à broder des pétales

aux sequins grimpants ;

le monde secoue ses plumes, elle s’en servira.

Il ne s’agit pas que d’elle :

la rivière ouvre ses digues et propulse ses ruisseaux d’eau noire…

… nous éblouir

mouillons-nous !

Il fait beau sous le raton noir de sa surface blancheur du soir

de chaque parcelle de poils

de chaque endroit de sa peau

l’odeur d’amande douce et de sel de rivière

pose les pattes de velours sur la terre ferme

et nage le laveur… ;

les fruits sur la berge respirent les agrumes

l’enfant a tant de choses à dire

de ses yeux coups de poing

il boit le jus sucré

il sera fort

qu’on se le dise.

A quelques encablures de là

la couleur rose noire ondulée

au troisième étage d’un bâtiment

du centre d’une capitale

tamise la lumière sous un lustre occidental ;

les rideaux regardent le velours bleu nuit

enrubanné telle une robe à la fenêtre d’un huis clos

avec vue sur la trame crépusculaire ;

devant de grandes fenêtres à grands carreaux

une femme pose son verre sur la cheminée

en marbre tacheté de quelques centenaires coquetteries

surélevée de bougeoirs ;

elle danse de ses bras timides et porte du haut de ses jambes

ses fesses

en équilibre :

Nuage sans souffle à la déflagration de deux hémisphères

un enfant sort du trou de la terre

maintient en l’air une rose brandie au vent

et prend dans ses bras

l’odeur de musc

qui traverse les frontières.