On y va ?

Siffler dans les rangs, le cigare coincé entre les lèvres, mince je prends trop de ce dessert à la source de tous mes soucis : fumée de la guerre, c’est pas bon pour la santé, où j’en suis dans tout ça ?
Tire un peu dessus pour voir, je crois que le goût se défait tout seul, dégoût de l’automne.
Fais le tour par derrière, reviens par devant, tu me trouveras assis sur mon élan, devant l’escalier, je regarde le vide.
Allez tout va bien quand tout va mal…Respirer tranquillement me coûte trois glaces chez le marchand d’à côté. Je sais, c’est pas beaucoup, mais dis, combien elle vaut ta vie à toi ?
Transi sous le soleil, au moins, j’ prends pas froid et je lèche un peu de sa douceur, j’aime ces barres d’immeubles quand je m’adosse à mon rituel.
« Take it easy ! », tu me dis. Tu rigoles ou quoi ? Je ne fais que ça…
Même ce matin, je voulais jouer un peu après le café et j’ai rien fait que de compter les moutons
de l’autre nuit.
Il parait que j’ai fait un beau rêve, après le cauchemar d’hier soir, c’était comme une grande victoire.
Alors tu vois aujourd’hui je suis cool, tout agité autour de moi. Oui les dernières secondes de mon autre vie sont en train de me dépasser.
Quelles vont vite ! A peine le temps de tourner la tête et elles ont déjà foutu l’camp.
On est devenu comme les doigts de la main entre temps : collés au sud, écartés au nord.
Ca te rappelle pas quelques nuits de sueurs à exiger le vertige de nos baisers volés ?
Alors si je ne veux pas qu’elles me noient, ces secondes sexy de mes envies,
je ferais mieux de bouger.
Alors dis-moi, le train ou l’avion ?
Pour partir un peu, passeport, ticket, une bouteille d’eau, oui j’pourrais m’assoir moi aussi sur un fronton.
Premier siège pour une fois, celui qui voit loin devant et qu’a été installé le premier.
Premier signe au bout de la nuit, ça change un peu des leçons d’histoire.
J’sais pas combien de temps je vais rester assis.
J’vais suivre sagement la route dans les airs ou celle qui me suit.
Et puis dis, « combien elle vaut ta vie à toi » ?
Parce que la mienne… ça fait longtemps qu’elle s’écrit .
Tiens, c’est pour moi, départ affiché, en lettres LED.
J’retourne chez moi, j’ai une valise à préparer.
J’vais essayer de t’emporter
Un peu de Toi dans mes rêves…
Eh, bébé, tu te réveilles ? On y va.

J’voudrais poser ma main sur ta cuisse, chastement comme les petites sœurs des pauvres.
T’es ma meuf et j’emporte ton sac, ton rouge à lèvre pour écrire sur la vitre des nuages.
Oui, on part cette fois, je croyais que c’était juste pour les autres, mais j’ai vu un peu plus
dans tes yeux.
J’suis devenu quelqu’un. Dis, t’arrête de gigoter, j’peux pas lire !
Oui j’ai emporté un livre, il parait que les mots nous saccagent la tête. Un peu de fouillis pour retrouver nos fils d’Ariane.
On y est. Dis, tu as faim ?
Parce que là, y’a l’hôtesse qui passe, elle est pas mal, mais moi je suis fou de toi.
Regarde on voit la mer en dessous, des maisons comme des Lego, on vire de bord au dessus de la clairière de palmiers et puis on s’emboite par crans dentés.
Voilà, on a dû faire quelque chose de bien, en tout cas je te regarde et je suis apaisé. T’auras le temps d’apprendre à me connaître.
On va se reposer un peu, on regardera les bateaux quitter le port et nous on sera toujours là,
dans le même décor.
Parce que bébé, c’est pas la peine de vouloir l’ailleurs, faut s’ancrer un peu, vient j’t’offre une glace.
Y’a un mec qui vient de passer, vanille chocolat, mais toi, il te faut des fruits exotiques.
Je ne sais pas d’où me vient cette résistance, alors j’en profite. On reprend à zéro, il parait que tout recommence tout le temps.
Eh bébé, tu te réveilles ? On est arrivé.

T’as dormi tout le trajet, j’aurais du le savoir. Mais j’ai rien dit, on aurait dit un caneton.
Finalement on est parti, chez nous, là où j’tai invité la première fois.
On n’a pas besoin de partir loin -là où on nous faire croire que c’est les vacances-
pour que je ramasse tes larmes ou que je peigne tes sourires.
Pas besoin de tous ces rêves à consommer pour que je t’écoute me raconter ton travail
et les choses qui font battre ton cœur.
Je suis d’accord pour suivre tes valeurs, d’accord pour te servir un dîner.
Si nous deux on peut se payer un peu d’Amour, on dira au ciel qu’il est bien né.
Tu verras on a gagné le gros lot.
Même à la loterie ils jouent pas ce numéro ! J’ai envie de pleurer quand je vois tout ce qu’on a raté, dis-moi que t’as plus peur.
J’ai envie de pleurer parce que ce monde me fatigue bien au-delà de ses épaules qu’il n’a pas
et c’est nous, avec nos pauvres vies, qui tenons à bout de bras
tout ce foutu bordel.
Mais quand je te vois, mon hirondelle, j’ai des forces pour nous sauver tous,
nous enlacer nous, et puis, te prendre dans mes bras pour l’éternité.
Bébé, aujourd’hui il fait beau, c’est le printemps, tu as pris le métro et tu as fais les courses,
allonge-toi, je te masse les pieds, on ferme le journal, la boutique à écran, la boutique à réseau, la boutique trop chère,
Eh bébé, ça y est, je suis rentré, j’suis juste là.