Femme à trois temps

A l’encontre de nous-même, nous sommes allés vers la rencontre, un lieu de vertige et de gaîté, un lieu où la toile semble s’étendre à l’infini.

Il a dit : « elle a eu des mots durs, je te le dirai, mais pas maintenant ». Avec d’autres femmes, il a vécu beaucoup. Et je me perds dans le dédale de ses souvenirs d’où je vois leurs positions au miroir du ciel.

Je ne prends pas de précaution, je prends soin de moi.

Et je pense : le soleil bat son plein. De sa mirette, il enlève les excédents de brûlure et réchauffe abondamment, il s’emploie à m’éblouir et je traverse les rues avec les yeux d’un animal. Désormais je vois à travers les murs, les torsades de la pierre n’ont plus de secrets pour moi. J’ai l’instinct de survie et je sauvegarde mon espèce. Femme en rut, je prends ce train qui me mène à wagons rompus en un terrain de création et de transe, d’où les rayons me font signe qu’un inattendu prend racine.

Je suis un être de complication et de simplicité, je lis tous les livres et je m’en délecte, parfois je passe, parfois je pousse, parfois je trépasse. Chaque jour, plusieurs fois, je meurs de quelque chose. Et je renais à l’évidence d’un indicible destin, remué en cadence. S’il n’y avait cette foi, il y aurait de toute façon le vent sur les cailloux sur un chemin broussailleux au pelage vert et à la forme arrondie, comme le dos d’un enfant qui s’accroupit pour cueillir une fleur.

Et je pense à la fiente féminine :

Voilà, il y a toujours un filtre d’amour quelque part en errance, que les femmes rattrapent et accrochent à la boutonnière du monde. C’est pour cela qu’elles éclosent, telles des fleurs. Des canisses cachent leurs impudeurs derrières des fantasmes tout en chaleur, elles se serrent les unes contre les autres, les unes loin des autres, et ravivent à peine perdue toutes les imprudentes vertus, en protestation de la liberté, qu’elles portent en elles, depuis la nuit des temps.

Elles sont le sable et les prémices d’une grande dune qui prend son envol.

C’est le vent qui tourbillonne, dépose de l’or dans leurs organes. Du corps et de l’esprit, on croirait qu’une ombre s’acharne à élire domicile. Un peu de lumière broyée en leurs seins pour illuminer des prairies d’orage et de vie.

La femme n’a que faire de son élément essentiel, reproductrice avant tout, aimante et amante, elle reconnait que la faune est une partie d’elle-même. Accoudée au balcon de ses nuits, elle se lie d’amour avec la Reine des Neiges et pourvoit à son droit le plus absolu :

ne rien attendre et se livrer toute entière.