Planète bleue

Je me souviens être arrivée sur la pointe des pieds, sans y avoir été invitée. M’installant là, sous un plaid, sur une saison d’étoiles. N’étais-je pas un tout petit peu une intruse? Ce n’était même pas du culot. C’était viscéral.

J’étais à l’heure.

J’ai rapporté des livres de chez moi. De ceux qui ont de belles couvertures beiges et dorées: des histoires pour enfants. A l’époque, on faisait des livres comme des musées ouverts: habillés pour des soirées de gala. Un petit bout d’imaginaire singulier, pris très au sérieux.

Comme un arbre qui balance son poids sur ses ailes de vieillard, au fil des siècles, sans jamais se laisser tomber, je me suis battue dans un engagement politique! Les livres étaient des engagements politiques ! Des arbres qui protègent « leur forêt de Bercé », tous impliqués, et forment une fronde et une organisation.

Un cliché aujourd’hui!

Ne sommes-nous pas de beaux singes? Même savants ?

Alors que fais-je là?

Mon conciliabule intérieur, ma dérive et mon amarrage sont mon gouvernail.

Je cherche des mots intraitables à mettre sur des idées fortes et solides: des mots à hurler. J’écris, non irritable, mon héritage.

La rencontre déshabille mes illusions, passions, actions.

Je pose mes habits délicats et plonge dans l’eau froide et fraîche de la liberté: glaciale. Ainsi je nettoie mes éclaboussures, ferme ma peau abimée; ressortir vivante, vivante et révolue, vivante et résolue, d’un cycle de vie, à court de temps, à court d’arguments, anoblie, remplie de tout les instants.

Et ces voix ingénues…

Elles observent, sans but et sans attente: des lumières éteintes et un instinct sans aucun autre pareil.

Je suis restée. Je lève mon poing et mets de la détermination dans mes paroles.

Des peurs se hissent sur des poteaux, que je viserais bien depuis la berge. Elles se moquent de mon flingue. Je démissionne.

Des croix creusent des trous à la pelle.

Les routes de mon cerveau se réaménagent, se transforment.

Sur la mer, je prends le large.

Les rotations s’accélèrent et je deviens voilier.

A mon âge, la vue est belle et les voies à partager.

Tant de temps à attendre, pour m’apercevoir que je suis ronde et le monde carré.

L’imaginaire infini, que l’audace paie bien, ne me renvoie pas dans l’espace, d’où je viens.

J’en conviens, il me faut faire avec ma place de troisième, tout contre le soleil

tout contre demain…