Le baiser

La lisière de nos lèvres se baigne en nos visages. Nous ouvrons pour la première fois nos yeux d’ombre et de lumière. Nous jouons de nos peaux dans le lit de tourbillons que nous ne connaissions pas. En nous abandonnant ainsi, nous nous faisons seuls au monde, et les feuilles, et le vent, et nos odeurs. Cheveux travaillés, tresse ferme, prolongent notre élégance. Nos mains exquises et délicates semblent nous accoupler. Quelque chose d’animal nous rejoint qui veille délicatement. Nous nous sentons. Nous approchons doucement de nos mondes tels qu’ils sont, tels qu’ils se rassemblent, nous apparaissons. L’union fait unité, nous nous portons. Nous avons acquis la liberté de nous aimer, au seuil d’une stèle intemporelle. Nous sommes deux corps en un, partage d’éternité, et amants. Notre enveloppe est décachetée, d’un baiser. Nos muscles ondulent sous la brillance, d’où glissent nos caresses l’une vers l’autre, vertigineuses.

Photo: « le baiser », Auguste Rodin, jardin de la Fondation Pierre Gianadda, Martigny, Suisse.