Est fait d’éclaircie

La pluie enlève les restes de la vie. D’un revers de main, que sur son visage il ruisselle, le vent bat les voilettes, époussette les virgules de ses cils, d’un clignement de paupière, toile le grain d’une tempête sur le front fleuri d’une mer matinale. Il pense à la femme qui culmine, cheminant de ses gestes touchants, floraison dont ils font amour, qu’il prend dans ses bras sa femme pour amour, et la providence tire leurs frissons vers l’horizon. Pure dans son sommeil, son hirondelle doit sourire, les bras posés sur l’oreiller, il sait.

Il ramène ses pensées tout contre lui. L’océan regarde ses mains se tenir à son col vaillant, protégeant sa cathédrale de peines et de joies de ses épaules heureuses. Dans sa poche, un paquet de cigarettes attend d’être aimé. Le ciel gris voltige d’une éclaircie à une autre, illuminant les camaïeux de son corps.

A quelques encablures de là, il fait beau derrière un rayon de parapet, qu’une femme bronze de sa gentillesse. Elle aussi est allongée sur les restes de sa vie, galets et sable tendre, sur une grande serviette jaune et orange.

L’homme remonte sa capuche et sort son zippo, qu’il protège de la marée dans le pan d’une rafale de vent, bleue marine. Il suit du regard le trajet de la fumée, y retrouve un bon vieux copain, un vrai, un homme comme lui, de bon aloi, un métal important.

C’est bien sa veine ! Au toucher de sa vie, la flibustière bougresse est au café qui remonte ses jupes à une aurore de Dieu ! Confidence pour confidence, il aime.

Une voiture éclabousse ses chaussures. Le voilà ramené à l’homme réalité sur une jetée mouillée. Il lance le mégot dans la poubelle contre le parapet, d’un poids qui pousse deux doigts l’un contre l’autre, puis inspire un concerto, dans ses poumons iodés : longue ruse de sa muse.

La météo est éphémère, on dirait qu’elle habite une vieille horloge de coton. Les mouettes cancanent sur les plages abandonnées par les touristes, s’approchent pour manger les poissons cuits. Le grain draine la plaine et la sève.

La pluie larme les sillons dégourdis par les volutes de fumée. Une barque vient d’accoster. Coïncidence, elle est là à l’heure où ses sens s’activent. Sentimental animal blotti tout contre sa vie, instinctif et sans colère, au sang chaud de son calme, c’est un fameux prodige, elle vient de très loin, de sa propre idée, s’aligne entre les autres, dans une vaste singularité. D’un bond il est près d’elle, pose les rames en son berceau, la remonte sur le bord. Elle l’a retrouvé. Les voyages s’inscrivent dans un registre gagné par le temps sur une terre ferme : elle revient en son pré comme un bateau naissant, à son guet, sur une herbe verte.

L’air du large évapore les mille cristaux de la crue que dore une promenade du ciel rosé. Les pluies gonflent le canot de sauvetage dans un plissage de mousse vers un lieu prospère. Le soleil tout à coup éblouit. Il a l’habitude des changements main dans la main. Il pense à son amour, sa félicité, son sel, son certain besoin d’elle.