À l’écho de ta disparition

Les questions que je me pose et quelques figures de retour de voyage m’enveloppent de rhétorique, telle une voyante j’apprends à croire : ce que tu me dis me fait vibrer ou bredouiller ;

à l’écho de ta disparition tout est donc tribunal, dissection, dissertation ;

il me semble que je nourris des strates de soucis ; de toi en moi ; de moi en moi ; puis de moi en toi ; d’âges et de prérogatives différentes ; de toi à moi, j’aime leur franchise à part entière ; c’est notre sort : que la mort nous offre cette terre où poussent ses leurres sans efforts ;

ils entrent tour à tour chez moi puis chez toi pour ne rien définir de vraiment conforme ; s’installent confortablement dans notre fauteuil fauve, prêts, apparus ; et moi je dors vers l’ouest dans le duvet lisse, pointu ; tiens, tes oreilles se cachent, tu ne me calcules plus ;

mais sache que je te dois la vérité : tu arrives la pipe aux lèvre, convainquant, l’accueil distant, le sourire quantique ouvrant de multiples réalités – c’est ce que j’aime chez toi quand la nuit parle et que d’une sémantique obsessionnelle tu nous emmènes au lit -, et je te dis : je ne t’aime plus ; tu termines avec moultes banalités … comme nous sommes étranges …je pense à toi moi non plus, tu ne m’aimes plus toi non plus, sans doute : ainsi nous somatisons ensemble, c’est certain, les pieds dans les pieds dans la couture de nos draps filés, figés l’un dans l’autre, toi, moi, étonnement mixés dans une reliure poinçonnée que nous cuivrons ensemble ; quand la vie nous veut du bien, tu vois, elle nous engueule, nous embarrasse ; qu’elle nous vende du grain à moudre pour tout horizon alors que je me transforme en bon pain de campagne, ou bien des batailles démoniaques puisque sa gueule géante nous massacre de croix aiguisées, mieux vaut recueillir nos bouches sur notre épaule -le cancer de la pierre doit se résoudre sans piège- et puissent nos baisers sombrer dans l’alcool chaud des matins de printemps : que jaillissent vos lèvres impétueuses, régulières dans cette vallée de voix que sont mes trésors et que luisent les nuits éternelles devant nos pieds transis de froid, à l’approche d’un matin boueux d’un destin sali à l’encre de Chine.

Illustration : photo sous rayon de soleil d’un dessin de Marcel Bascoulard ; Bourges, « Rue du doyen » – 1943 – encre et crayon de couleur